
Des chevaux, des taureaux, des oiseaux… et du riz !
En 2008, la culture du riz couvrait 16.640 hectares en Camargue pour une production de 98.176 tonnes de riz paddy (sources : ONIGC - COPA COGECA). Le riz est donc bien l’une des richesses de la Camargue aux cotés des taureaux, des chevaux et des flamants roses. Il façonne le paysage Camarguais au grès des saisons et les souvenirs de tous ceux qui visitent ce territoire : rectitude des parcelles parfaitement nivelées avant les semis, immensité des terres immergées lors de leur mise en eau, vert tendre des premières pousses ou jaune flamboyant des gerbes bien pleines, ballet souvent nocturne de moissonneuses batteuses. En Camargue le riz représente un véritable enjeu humain, économique mais aussi écologique. La Camargue renferme dans ses marais quelques trésors plus ou moins connus. Le musée du riz, situé dans les anciens bâtiments de l’entreprise Bongran, première société à avoir développé le riz biologique en France, fait partie de ces trésors.
Le riz…un rempart contre le sel !
Sous Henri IV on cultive en Camargue la canne à sucre, la Garance et déjà… du riz. Cette terre est alors qualifiée de « Jardin de la Provence » car le Rhône non endigué à cette époque l’arrose de ses crues fertilisantes. Le problème du sel ne se pose donc pas. Vers 1870 Napoléon III, pour faciliter la navigation et éviter les inondations endigue les deux principaux bras du Rhône et construit une digue le long de la mer. Conséquence de ces travaux et d’une évaporation intense (chaleur et Mistral) deux fois supérieure aux précipitations, la Camargue se dessèche. Aucun apport d’eau douce ne venant par le Rhône, la Camargue capte par capillarité l’humidité du sous-sol, qui conquit sur la mer salée, laisse en s’évaporant, se cristalliser le sel en surface. Toute culture et végétation finissent par disparaitre, obligeant les hommes, les bêtes et le gibier à migrer vers la vallée du Rhône.
Conséquence de ce phénomène, au début du XXème siècle… les terres de Camargue ne valent plus rien ! Pourtant en 1938, quelques paysans courageux, persuadés que le riz (15 000 à 20 000m3/ha) est la seule façon de lutter contre le sel, réintroduisent sa culture en Camargue. N’ayant pas la pratique de cette culture et de l’usinage du riz, les récoltes sont alors consacrées à la nourriture du bétail. En 1940, l’arrivée des indochinois (la M.O.I.) dans la région pour remédier au manque de main d’œuvre change complètement la donne. Leur expérience et leur connaissance du riz et de sa culture transforme les balbutiements initiaux en une totale réussite : 1500ha de rizières sont exploitées et donnent un riz qui rivalise avec les meilleurs riz du monde. Le Camarguais s’engage à fond à partir de 1943, et cette culture devient indispensable à l’équilibre environnemental du Delta.